Comment les personnes qui réussissent prennent-elles de meilleures décisions ?

Quand avez-vous pris une décision difficile au travail pour la dernière fois ?

Je parie que cela vous arrive régulièrement, si ce n’est sur une base quotidienne.

Bien sûr, prendre des décisions peut être exaltant, mais cela peut aussi être stressant. Parfois terriblement stressant.

Votre pouls s’accélère, vous commencez à transpirer, votre esprit saute d’un point à un autre, dans l’espoir de vous calmer. Vous voulez vraiment prendre la meilleure décision pour vous, pour votre équipe, pour votre organisation. Mais souvent, cela peut s’avérer difficile. Vous souhaiteriez avoir la recette parfaite pour parvenir à la bonne décision.

En fait, la prise de décision est un processus complexe pour chacun d’entre nous. À tel point que la recherche en management s’y intéresse activement.

Pendant des décennies, des universitaires ont observé et interrogé des leaders chevronnés pour comprendre et modéliser le processus de réflexion qui leur permet de prendre de bonnes décisions. Ces études ont abouti au processus rationnel, que nous connaissons bien.

Alors, laissez-moi vous demander, la pensée rationnelle fonctionne-t-elle toujours pour vous ?

Avez-vous toujours assez de temps pour recueillir des données, analyser, évaluer les options et décider ? Avez-vous toujours toutes les données nécessaires ? Est-ce qu’il arrive parfois, au contraire, que vous ayez tellement de données que vous ne pouvez plus distinguer la forêt des arbres ?

Quelles sont vos options alors ?

Les leaders ont souvent conscience, comme le rapportent les chercheurs, que toutes les décisions ne sont pas seulement basées sur la pensée rationnelle.

La prise de décision tire également parti de la pensée intuitive.

Et voici comment cela fonctionne.

Vos décisions rationnelles ne sont pas nécessairement les meilleures décisions

Nous sommes formés dès le plus jeune âge à développer nos capacités rationnelles. Nous apprenons à rassembler systématiquement les données pertinentes, à les analyser, à concevoir les options et à les évaluer, jusqu’à ce que nous prenions la décision finale. C’est un processus lent qui exige un effort conscient et soutenu. Notre pensée rationnelle progresse pas à pas et tire une conclusion logique.

C’est génial. Et indispensable.

Je ne pourrais pas être plus en accord. Je suis titulaire d’un baccalauréat en mathématiques et d’une maîtrise scientifique en management. La pensée rationnelle, c’est ma préférence naturelle.

Cependant, je dois admettre qu’elle peut avoir tort. Ou encore, être coincée, incapable de décider.

Et, à la vérité, les dirigeants considèrent leurs intuitions en plus de leur analyse rationnelle lorsqu’ils prennent des décisions :

« 90 % des 60 dirigeants qui ont participé à une étude ont déclaré utiliser leur intuition en combinaison avec une analyse rationnelle des données. Ils ont constaté que leurs décisions étaient ainsi accélérées et meilleures. » (Burke, Miller, 1999)

« Les leaders au sommet des 2000 organisations interrogées au cours d’une étude ont obtenu des résultats supérieurs à ceux des cadres intermédiaires ou juniors en ce qui concerne leur capacité à utiliser leur intuition pour guider les décisions les plus importantes. » (Agor, 1986)

Il s’agit d’un secret bien gardé, n’est-ce pas ?

Je parie que vous avez rarement entendu un collègue au travail avoir pour seul argument son instinct. Nous préférons mettre l’accent sur les recherches et les analyses approfondies que nous avons réalisées pour donner de la crédibilité à nos propos.

Cependant, cela ne signifie pas que l’intuition n’ait pas un rôle essentiel à jouer lors de la prise de décision.

Laissez-moi d’abord vous expliquer ce que la science entend par intuition.

L’intuition guide déjà (la plupart de) vos décisions

La neuroscience nous apprend que le cerveau humain procède de deux manières différentes pour réfléchir. Il y a le processus rationnel, comme décrit ci-dessus, et le processus intuitif. Ce dernier n’est ni ésotérique, ni magique, ni prémonitoire.

Les intuitions sont, en fait, les conclusions qui se présentent spontanément à votre conscience, sans que vous soyez conscient des étapes intermédiaires — bien qu’il soit souvent possible de justifier votre intuition après coup.

Rencontrez une personne pour la première fois. En un clin d’œil, vous avez une opinion d’elle. Ce phénomène relève de l’intuition. Et contrairement à la raison, vous remarquerez que l’intuition est incroyablement rapide.

Elle est transmise à votre conscience par vos émotions. La première pensée qui vous vient à l’esprit en rencontrant une nouvelle personne, ce sont les sentiments que vous ressentez envers elle. Vous aimez ou n’aimez pas, vous avez confiance ou non. Voilà votre intuition qui se manifeste.

Plutôt que de disséquer l’information, le processus intuitif établit des connexions presque instantanément avec vos expériences passées. Par analogie et association, il synthétise et tire une conclusion. Sous la surface consciente, votre cerveau trouve des similitudes entre cette nouvelle personne et celles que vous avez connues par le passé, et porte un jugement.

L’intuition est donc essentiellement basée sur les connaissances accumulées à travers vos expériences, trop souvent oubliées, et sur les modèles du monde que vous vous êtes créés. Vous pouvez être inconscient, par exemple, que le sentiment de confiance que vous ressentez provient du fait que cette nouvelle personne vous rappelle les gens que vous trouvez crédibles.

En fait, parce qu’elle est spontanée et sans effort, l’intuition est la façon de penser qui détermine la majorité des décisions que vous prenez au quotidien. Si les enjeux ne sont pas élevés pour vous, l’intuition prévaudra, car il s’agit d’un processus de pensée facile et efficace. Que vous en soyez conscient ou non. Que cela vous plaise ou non. J

Voici quelques exemples :

  • Vous ralentissez votre voiture dans la circulation, car vous comprenez instinctivement que le conducteur sur l’autre voie essaie de vous couper la route.
  • Vous choisissez des vêtements confortables dans votre placard si vous n’avez pas de réunion officielle aujourd’hui. Vous n’avez pas besoin de penser rationnellement à votre choix.
  • Vous acceptez une invitation sans hésitation, car cela vous semble excitant et vous avez le temps. Nul besoin de réflexion compliquée dans ce cas non plus.
  • Et ainsi de suite.

Ne pas sous-estimer ni surestimer vos intuitions

Est-ce que cela veut dire pour autant que votre intuition a toujours raison ? Désolée, ce n’est pas le cas. La qualité de vos intuitions dépend de la qualité de vos connaissances et donc de vos apprentissages.

En fait, au fur et à mesure que vous acquérez de l’expérience dans votre travail, lorsque vous faites face à de nombreuses situations et que vous surmontez des défis, vous développez des modèles mentaux sur les manières appropriées de réagir. C’est ce qu’on appelle l’intuition experte. Cela explique pourquoi les personnes séniores peuvent prendre des décisions rapidement, sans hésitation et sans faire appel à un long processus rationnel.

Vous pouvez également être expert dans d’autres domaines que celui de votre travail. En relations humaines, par exemple. Si vous avez toujours été fasciné par les gens et que vous êtes un observateur assidu des bonnes et des moins bonnes interactions, vous pouvez intuitivement savoir comment réagir avec des personnes ou des situations difficiles.

J’ajouterais toutefois un mot de prudence. L’intuition peut également exploiter vos préjugés et vos peurs. Dans ces occasions, l’intuition peut se révéler fausse, et il est vraiment difficile de déceler si tel est le cas. L’intuition demeure, par conséquent, une hypothèse.

Voilà pourquoi il est si judicieux d’engager à la fois la pensée rationnelle et la pensée intuitive.

Comment pensent les gens qui réussissent

Disons que vous êtes dans un restaurant. Vous lisez le menu et choisissez un aliment plutôt qu’un autre en fonction de ce que vous avez envie de manger. C’est alors votre processus intuitif qui intervient, sans réelle prise de conscience de ce qui vous mène à ce choix.

Ceci étant dit, si vous suivez un régime particulier, vous pouvez décider de ne pas tenir compte de votre choix initial. Vous pouvez être l’observateur impartial de vos émotions. Vous pouvez choisir de ralentir quelques secondes et faire en sorte que votre pensée rationnelle intervienne pour évaluer la nourriture la plus appropriée pour vous. Vous avez un droit de veto sur vos intuitions.

Il en va de même pour les décisions prises dans un contexte professionnel, même pour les plus rationnels d’entre nous. Vous avez des intuitions et vous avez des pensées rationnelles.

Laisse-moi vous poser une question :

Lorsque vous avez une décision à prendre, comment décririez-vous votre processus de pensée, de façon générale ?

  1. Vous avez spontanément le sentiment de savoir quelle est la bonne décision, puis vous engagez votre pensée rationnelle pour confirmer si oui ou non votre intuition a raison. Il s’agit de l’intuition stratégique.
  2. Vous collectez d’abord des données, vous les analysez, vous évaluez vos options, vous prenez une décision rationnelle, puis vous vous arrêtez un instant pour percevoir ce que vous ressentez face à la décision, si vous vous sentez bien avec celle-ci. Il s’agit de l’intuition concluante.

L’intuition stratégique et l’intuition concluante sont toutes deux efficaces. Votre façon de penser reflète en fait votre préférence naturelle et également votre ancienneté. Plus vous avez de l’expérience, plus vous avez développé des modèles mentaux au fil du temps. Aussi, il est facile pour votre cerveau de créer des connexions et des associations, et donc de générer des intuitions. Ce qui accélère d’autant votre capacité de réaction.

Dans les deux cas, l’intégration de l’intuition et de la raison augmente considérablement le potentiel de prendre la bonne décision.

L’intuition est vraiment une hypothèse que votre cerveau fait en fonction de votre expérience. S’appuyer uniquement sur votre intuition peut être risqué, à moins que vous n’ayez pas le temps, de toute façon, d’analyser la situation de manière rationnelle. Par exemple, au milieu d’une discussion animée ou dans une situation particulièrement stressante, votre intuition peut être votre meilleure alliée.

Compter uniquement sur votre raison peut également s’avérer sous-optimal. Votre cerveau a la capacité de détecter des informations sous la surface de votre conscience, et celles-ci pourraient avoir un impact crucial sur votre décision. L’ignorer pourrait vous conduire à une conclusion erronée.

Plus vous naviguez entre les deux processus, plus vous exploitez tout le spectre de vos connaissances, meilleures sont vos décisions et votre capacité d’adaptation aux circonstances.

Vous pouvez décider en tout temps à quel point vous misez sur l’un ou l’autre, ou les deux. C’est une question de choix et de pratique.

En quelques mots

  • Le processus rationnel (recueillir-analyser-évaluer-décider) procède par étape, nécessite un effort conscient, est exprimé par des mots. Il est optimal lorsque :
    • les enjeux sont élevés (il vaut donc la peine d’investir les efforts mentaux) ET
    • les données sont disponibles ET
    • il y a assez de temps pour réfléchir
  • Le processus intuitif (sauter aux conclusions par analogie, par association) est rapide, spontané, et s’exprime à travers des émotions. Il est optimal lorsque :
    • les enjeux ne sont pas élevés OU
    • les enjeux sont élevés ET
      • il n’y a pas assez de données, ou trop de données ET/OU
      • il n’y a pas assez de temps ET
      • vous êtes un expert
  • Cependant, dans tous les cas où les enjeux sont importants, remettre en question vos intuitions avec votre raisonnement rationnel, et vice-versa, augmente considérablement votre potentiel de prendre la meilleure décision.

Imaginez qu’à l’avenir, vous écoutiez la petite voix à l’intérieur de vous, en plus de procéder systématiquement, rationnellement.

Imaginez-vous qu’à l’avenir, vous naviguez entre votre raison et votre intuition. Vous percevez vos intuitions et défiez votre raison. De même, vous observez de façon impartiale lors que des émotions surgissent, vous faites un pas en arrière, évaluez la situation, et appliquez au besoin votre pouvoir veto.

En naviguant entre votre raison et votre intuition, vous accédez à la connaissance dont vous avez conscience à un niveau conscient, et aussi à la sagesse que vous avez sous la surface.

Les chances sont que vous prendrez ainsi de meilleures décisions, même si le temps presse, ou que les données sont insuffisantes ou contradictoires.

Comme un dirigeant m’a dit autrefois :

Cela fera la différence entre un potentiel de réussite et un échec assuré.

Références :

Cet article est basé sur les recherches que j’ai effectuées pour ma thèse de maîtrise (2017). La bibliographie complète comprend plus de 100 articles et livres, dont :

BURKE, Lisa A., MILLER, Monica K., Taking the mystery out of intuitive decision-making Academy of Management Executive, Vol. 13, No. 4, p. 91–98, New York, Academy of Management, 1999

AGOR, Weston H., The Logic of Intuition: How Top Executives Make Important Decisions, Organizational Dynamics, Vol. 14, No. 3, p. 5–18, Amsterdam, Elsevier, 1986

 

___

Gestionnaire aguerrie, coach et auteure, j’accompagne entrepreneurs et professionnels engagés à devenir des gestionnaires efficaces et des leaders inspirants. J’adore partager avec vous des outils éprouvés, des expériences inspirantes et les meilleures pratiques en management et en leadership. Pour être sûr de ne rien manquer, n’hésitez pas à vous abonner à mon infolettre hebdomadaire.

 

livre, intuition, influence

  • Share on:

One Comment, RSS

Je serais ravie de lire vos commentaires

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :